Serions-nous impuissants devant les règlements de compte ?

Ces dernières semaines, de nouvelles vies, souvent jeunes, ont été arrachées, dans la brutalité inouïe d’un énième règlement de compte à Marseille, pour quelques centaines d’euros.

L’insupportable est franchi depuis longtemps. On feint de ne pas s’en accommoder mais un processus de banalisation dangereux et malsain est en marche. Chacun y va de son couplet sur les responsabilités des uns et des autres, sur des propositions ou sur LA solution afin d’enrayer l’hécatombe.

Le ministre de l’Intérieur s’engage sur des moyens pour rattraper et juger les auteurs. Pourtant le prochain règlement de compte viendra renforcer le doute sur l’efficacité des investigations et des moyens de police et de justice mis en œuvre.

Certains avancent la légalisation sous contrôle d’Etat du cannabis. Pourquoi pas ? D’autres, la présence de l’armée. Une façon d’alimenter que nous sommes en guerre et surtout de ne pas parler de l’austérité qui détricote les politiques publiques. Pourtant les trafics prennent leur source dans la misère, sociale, économique, culturelle.

Ces quartiers populaires sont en fait abandonnés par la puissance publique. On y vit souvent par choix, mais pour ceux qui veulent en sortir, c’est mission impossible. Les demandes de logement issues de certaines de ces cités ne sont même pas étudiées. Les jeunes qui tournent mal sont très minoritaires et les actions positives sont rarement médiatisées. Alors certains trouvent de la notoriété en jouant les caïds. La majorité des parents se cassent la tête pour travailler, éduquer leurs enfants, les protéger et supporter la stigmatisation, véritable poison violent.

Le chômage atteint les 50% chez les jeunes, les entreprises ferment et quand certaines embauchent, les heureux gagnants ne sont pas issus des quartiers. Les services publics baissent le rideau les uns après les autres.

L’école reste le dernier service public d’une cité, parfois dans des conditions de délabrement inacceptables, sans aide pour les enfants en difficulté, avec peu de moyens pour récupérer les décrocheurs. Des associations, tenues à bout de bras par quelques bénévoles dont je salue l’engagement, la présence et la persévérance, sont les derniers liens sociaux. Elles se battent au quotidien pour tenir les jeunes hors de la rue.

Dans ces cités, l’humanité est piétinée au point que la vie n’a quasiment plus de valeur pour ces jeunes. Ils se cherchent, ont envie d’exister, d’être valorisés. Peu d’espoir, pas de perspective, pas d’avenir…

Il faudra du temps pour renverser la vapeur. Un temps plus long que celui des mandats électoraux. Un temps long pour ne pas favoriser le clientélisme, l’instrumentalisation ou la récupération. Mais surtout un temps d’investissement humain, pour regagner en confiance, pour faire grandir l’estime de soi, pour éduquer, pour prévenir, pour s’épanouir, se loger, travailler dignement, pour respecter et déjà SE respecter, pour vivre bien ensemble, avec la culture comme meilleure arme pacifique pour nos enfants.

Au moment où la longue liste des tricheurs de Panama vient d’être publiée, dans la sixième puissance mondiale, qu’on ne nous dise pas que ce n’est pas possible.

Pour empêcher que demain, un des nôtres sombre dans la déchéance des trafics, il serait temps de s’y mettre vraiment et collectivement.

Tout est question de volonté. De volonté politique. De changement de politique, de rupture avec l’austérité, pour combattre les inégalités et redonner du sens à la vie humaine.