Journée de la résistance à Marseille (27 mai 2015)

Mon intervention sur le Cours Honoré-d’Estienne-d’Orves, devant La Marseillaise :

Aujourd’hui est un jour de célébration du combat contre la barbarie nazie.

Et ce soir, au nom du PCF, je veux rendre hommage avec vous à tous les combattants de l’ombre.

Il y a 70 ans – le 8 mai 1945 – la France et l’Europe étaient libérées du nazisme et de la collaboration

Une libération par les Alliés unis (Grande-Bretagne, URSS, Etats-Unis, France libre) tellement attendue.

En France, tout s’accéléra avec le débarquement en Normandie et le début de l’insurrection nationale en juin 1944.

Il en a fallu des sacrifices et de la conviction pour en arriver là.

Pour arriver à une résistance unie, capable de jouer un rôle majeur dans la libération du territoire.

Il a surtout fallu la conviction que la vie et la liberté valent plus que tout. Tel est le véritable moteur de l’engagement.

Aujourd’hui, 27 mai, dans le cadre de la journée nationale de la Résistance, le Parti communiste français a pris l’initiative de rassemblements partout en France, dont de nombreux dans notre département et particulièrement à Marseille.

Une manière de faire une sorte de PANTHEON du peuple.

Le groupe communiste à l’Assemblée nationale avait déposé une proposition de loi le 22 juillet 2009, à la demande de Michel VAXES, alors député, pour faire du 27 mai une journée d’hommage à la résistance.

Cette date n’est évidemment pas un hasard, elle se réfère au 27 mai 1943 et à la première réunion du Conseil National de la Résistance.

Ce jour-là, l’ensemble des partis, syndicats et mouvements de résistance s’unissent sous l’autorité de Jean Moulin envoyé par le général De Gaulle.

Ils décident d’agir ensemble pour combattre les occupants et le régime de Vichy.

Ils décident d’agir ensemble pour que la France puisse à la Libération recouvrir son entière souveraineté et jouer un rôle majeur dans le concert des nations.

Il en a donc fallu des efforts pour que depuis la défaite de 1940 et la trahison d’une part de ses élites, la France relève la tête.

En 1940, seuls quelques hommes et femmes isolés refusent la défaite et l’asservissement, alors que les Etats-Unis et l’URSS ne sont toujours pas en guerre contre l’Allemagne.

Mesurons l’énergie, la force, la conviction et la combativité qui ont été nécessaires pour renouer les contacts, tisser des liens, s’organiser pour RESISTER et dire NON à l’occupation.

Mais du courage, les résistantes et résistants n’en manquent pas, et vont très vite le démontrer.

En 1940, des premières initiatives sont prises comme l’appel du 18 juin du général De Gaulle depuis Londres ou encore la manifestation du 11 novembre 1940 à l’Arc de Triomphe et dans lequel laquelle les étudiants communistes jouèrent un rôle majeur.

De son côté, le PCF – qui fut un temps prisonnier des contradictions engendrées par le pacte germano-soviétique – prend progressivement des initiatives et ses dirigeants appellent à la mobilisation contre Pétain puis contre l’occupant.

Les premiers mouvements de résistance organisés naissent.

Dès le début 1941, tout s’accélère.

Au printemps – avant l’invasion de l’URSS – le PCF prend l’initiative du rassemblement le plus large avec la constitution du Front National pour l’indépendance.

A l’été, c’est le passage à la lutte armée dans laquelle les FTP vont exceller et parmi eux les FTP-MOI au risque de leur vie.

Qu’il me soit permis d’évoquer le témoignage d’une résistante du département, je veux parler d’Edmonde CHARLES-ROUX.

Je la cite : « je dois aux communistes d’avoir participé à la résistance. Je ne peux pas dire qu’il n’y a eu que des communistes pour résister à Marseille, je n’oserais pas le dire parce que je ne sais pas, mais ce que je puis dire, c’est que les premiers contacts déterminants que j’ai eus, et par la suite les seuls que j’ai gardés, étaient avec des militants communistes »

C’est ainsi que Missak Manouchian et ses camarades multiplient les attaques et sont arrêtés, torturés, jugés dans une mascarade de procès pour être finalement exécutés.

La répression des nazis et des autorités françaises se déchaîne contre tous les résistants qui vont faire tomber les barrières idéologiques ou les anciennes querelles qui peuvent encore les diviser.

La lutte est inégale et de nombreux résistants tombent au combat.

Ceux des résistants qui arrêtés ne sont pas fusillés, sont envoyés en camps de concentration, dont seulement la moitié reviendra.

Il faut se souvenir que la zone sud et donc Marseille et le département ont été occupés par l’armée allemande après les autres départements.

C’est le 11 novembre 1942, que l’armée allemande franchit la ligne de démarcation et s’installe dans les sud de la France.

Dés le 22 juillet 1943 des rafles se succèdent, 2000 personnes sont conduites aux Baumettes, puis 1600 autres dont la moitié sont des juifs.

Au total ce sont 20.000 personnes qui seront conduites à la gare d’Arenc pour Drancy en direction ensuite des camps.

Du côté de la résistance, elle s’organise et deviendra efficace, malgré le manque d’arme, jusqu’à libérer Marseille avant l’arrivée de l’armée alliée.

C’est cette armée qui viendra à bout des forces allemandes à Notre Dame de la Garde, au Frioul et en gare St-Charles.

Les principales villes des Bouches du Rhône seront libérées entre le 22 et le 28 août 1944.

A Marseille 3 rassemblements sont organisés ce soir à la même heure, sans compter ceux qui se sont tenus dans la journée :

Place Bernard CADENAT, la Belle de mai, où était organisé l’état major FTP.

C’est à quelques centaines de mètres, au Bd Guigou que fût décrétée la grève insurrectionnelle qui sera décisive pour le soulèvement du peuple de Marseille.

Place CASTELLANE où le 22 août 1944 les combats ont été très durs entre l’armée allemande et les forces de la résistance et où de nombreux militants communistes y trouvèrent la mort.

Et ici même sur le cours d’Estienne D’Orves nous sommes présents pour souligner le rôle important du journal La Marseillaise dans cette période.

Sortie dans la clandestinité dès le 1er décembre 1943, La Marseillaise clandestine est tirée à 15 000 exemplaires puis deviendra quotidienne à partir du 24 août 1944.

Les résistants savaient leur cause juste, et de leurs côtés les Alliés commençaient à regagner du terrain.

Ils vont donc parachever leur unité avec la création du CNR et se doter :

• d’une perspective stratégique : l’insurrection

• et une perspective politique : les mesures immédiates à appliquer à la Libération.

C’est le programme du Conseil National de la Résistance de mars 1944.

Ce programme qui inspira les grandes réformes de la Libération : Sécurité Sociale, nationalisations, comités d’entreprise, statut de la fonction publique, planification économique…

C’est ce programme qui est aujourd’hui attaqué de toute part, comme l’avaient déjà souligné en 2004 les résistants dans un appel aux jeunes générations

Ayant fourni une grande part des combattants et des sacrifiés pour la liberté de notre pays, le P.C.F a été qualifié à juste titre de « Parti des fusillés ».

Mais aujourd’hui 27 mai 2015, le Président de la République François Hollande semble l’avoir oublié.

Bien sûr, nous communistes approuvons que Geneviève de Gaulle- Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette, Jean Zay, quatre héros de la Résistance fassent leur entrée au Panthéon.

C’est un hommage fort.

Pourtant la fête est gâchée.

Car si elles et ils représentent différentes familles politiques (gaulliste, socialiste, radicale) ou sans parti, il en manque une : celle des communistes, pourtant les premiers et les plus actifs combattants.

Ainsi Marie-Claude Vaillant-Couturier, Martha Desrumeaux, Missak Manouchian… ne mériteraient-ils pas d’entrer aussi au Panthéon ?

C’est un choix partial qui a suscité une vive émotion, mais c’est une faute politique.

Il s’agit d’ostracisme à l’égard des communistes.

Alors que la résistance a besoin de toutes ses couleurs, comme le titre à la Une, l’Humanité de ce jour.

Cet « oubli » contrarie les valeurs de la République qui ont prévalu en ces temps sombres – Liberté, Egalité, Fraternité

Au moment où l’actualité, 70 ans après, montre combien les obscurantismes s’en prennent à l’émancipation humaine.

Au moment où l’on parle d’unité après les dramatiques attentats du mois de janvier.

Au moment où la haine est attisée dans les propos de responsables politiques de droite et d’extrême droite particulièrement dans notre région.

Ce n’est pas simplement un oubli par rapport à l’histoire.

C’est nier comment un pouvoir autoritaire peut être élu par une minorité agissante et une majorité passive, comme ce fut le cas en Allemagne dans les années 30.

C’est nier que les mêmes causes qui ont eu pour résultat le génocide arménien dont nous venons de commémorer le centième anniversaire, la SHOAH, et le génocide Rwandais…

… oui les mêmes causes, la même montée de la haine de l’autre la banalisation des racismes, de la xénophobie, de l’exclusion sont malheureusement encore présentes et peuvent conduire au pire.

Et il ne suffit pas de dire : « PLUS JAMAIS CA ! »

Il faut combattre toute idée qui attise la haine et la violence

Primo Levi disait : « Ca a existé, alors ça peut encore exister »

Cet oubli c’est nier que l’intelligence humaine peut conduire au meilleur comme aux pires perversions.

C’est nier qu’une démocratie ne fonctionne pas toute seule et que s’abstenir, ne pas s’engager, c’est participer à la mort de la démocratie.

C’est la raison pour laquelle, il faut commettre des actes qui unissent notre peuple plutôt que le diviser.

L’unir en commençant par répondre à ses attentes et ses aspirations.

En vérité, ne veut-on pas en finir avec l’esprit de 1945, esprit d’unité bien sûr mais surtout esprit de réformes progressistes ?

Aujourd’hui, le mot réforme a été vidé de son contenu et est devenu synonyme de régression sociale.

La gouvernance a remplacé la souveraineté populaire.

Les communistes dans la résistance ont tout fait pour unir quelles que soient les différences politiques, religieuses et philosophiques.

Mais plus que jamais en ce 21ème siècle, les communistes entendent honorer la Résistance. Toute la résistance, sans faire de tri.

Le Conseil National de la Résistance regroupait toutes les composantes des forces politiques et syndicales.

Son programme « les Jours Heureux » résonne aujourd’hui avec acuité dans notre département.

Département où la direction de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie ferme des accueils aux publics, où les moyens des hôpitaux publics sont mis à mal, où la question de l’avenir industriel des Bouches du Rhône est posée, où l’école est malmenée.

Honorer la Résistance, comme nous le faisons, c’est aussi affirmer que, dans les conditions d’aujourd’hui, il est nécessaire de trouver les voies de l’unité pour résister face aux déferlements d’attaques contre les acquis de la Libération, à l’origine du progrès social, du développement économique et de l’essor de notre pays.

Ce combat d’hier et d’aujourd’hui, doit nous unir pour défendre l’humain d’abord et vivre des jours heureux.

Je vous remercie de votre attention

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