Pour une police de Paix publique

Les élus Front de gauche de Marseille ont tenu une conférence de presse pour dénoncer la fermeture de commissariats de police nationale dans la 2ème ville de France.

Comme tous les services publics, ils sont victimes de l’austérité budgétaire de l’Etat.

Voici le texte intégral d’introduction de ce point presse

Politique du chiffre depuis le passage de Nicolas Sarkozy à l’Intérieur, démantèlement idéologique de la police nationale qui était présente sur les territoires et plus proche des populations,  attentats dont notre pays a été la cible, état d’urgence permanent, sous-effectifs dans la Police nationale, remplacement massif de celle-ci par la Police municipale comme à Marseille, ont conduit des policiers ces dernières semaines à exprimer une colère comme jamais ils ne l’avaient fait dans toute l’histoire de l’institution policière.

Epuisés, par des journées à rallonge, par des congés reportés, une mobilisation permanente, des heures supplémentaires, par des missions qu’ils ont de plus en plus de mal à remplir, ils se sentent parfois méprisés par leur hiérarchie et mal aimés de la population avec laquelle ils ont perdu le lien de proximité pourtant essentiel à leur mission.

Chaque année, au plan national, des dizaines de policiers mettent fin à leurs jours et ce sont des milliers d’entres eux qui sont blessés dans le cadre de leurs missions (9 à 10.000 en moyenne par an).

Dans le même temps, des habitants font le constat quotidien de ne pas avoir une Police bienveillante qui les écoute quand ils sont en proie à des problèmes, des agressions, des délits.

Si nous ajoutons l’actualité avec la primaire de la droite, et une surenchère d’austérité, en proposant la suppression de centaines de milliers de postes de fonctionnaires, ce qui aurait pour effet de casser la cohésion sociale de notre pays…

…nous sommes dans une situation de crise très profonde, qu’une réorganisation de la police, comme celle concoctée à Marseille, ne résoudra pas.

Nous entendons l’objectif de mettre le maximum de fonctionnaires sur le terrain, ce qui est une nécessité, mais le problème ne sera pas résolu, puisque cette restructuration se fait à moyens identiques et se traduira par la réduction de l’ouverture de commissariats, la nuit, le week-end…

Seule chose positive : la reconnaissance de ce que nous disons depuis longtemps, en matière de sûreté -l’un des droits naturels et imprescriptibles de l’homme (DUDHC)- l’efficacité réside dans une police de Paix Publique, avec de véritables gardiens de la Paix, recrutés et formés spécifiquement pour des missions de protection des personnes et des biens, de prévention des actes de délinquance, d’investigation et de répression.

L’austérité budgétaire depuis des années – gouvernements Sarkozy et Hollande – avec les coupes claires dans les effectifs du service public de sécurité, ainsi que les nouvelles doctrines d’emplois des effectifs de police ont conduit à réduire les missions qu’aux seules interpellations.

Ces baisses de moyens ont également conduit à deux autres phénomènes préoccupants :

  • Le recours de plus en plus massif à la police municipale
  • La place grandissante des officines de sécurité privée et les dispositifs privés comme la vidéo-protection, que je n’ose même plus appeler vidéo-surveillance, tant les exemples sont nombreux de faits délictueux sans suite.

Le but est clair, quand on voit l’instrumentalisation électorale de l’insécurité par certains élus politiques, accroître les peurs, l’individualisme, le repli sur soi, la suspicion et in fine la division entre citoyen-nes.

La meilleure illustration en est les choix de Christian Estrosi à la tête de la Région, comme des portiques et des vigiles dans les gares, qui s’avèrent déjà être un échec.

Ces choix politiques servent toujours plus l’idéologie de l’ordre et de l’autoritarisme qui nourrit l’extrême droite.

Nous dénonçons cet état de fait pour l’inconséquence des décisions prises, l’inefficacité des choix politiques, le coût de plus en plus important et injuste, sur le dos des contribuables.

Par exemple, l’augmentation des effectifs de police municipale, l’élargissement de leurs missions comme le travail de nuit, l’armement, les formations…au point qu’aujourd’hui, ces agents réclament le même salaire, et pourquoi pas le même statut, mais payés par les impôts locaux injustes…nous courons tout droit vers une police à l’américaine, qui n’est pas un modèle du genre.

Pitoyable est donc l’attitude de certains élus de Marseille, conseillers municipaux et/ou parlementaires qui ont tout voté en faveur de politiques sécuritaires et liberticides.

Insolentes sont les contradictions des parlementaires qui votent ou ont voté les budgets de l’Etat de rigueur et d’austérité  depuis une dizaine d’années, tout en réclamant au plan local des moyens supplémentaires.

Car à moyens égaux au plan national, si Marseille doit avoir des moyens supplémentaires, ce sera forcément au détriment d’autres territoires.

Pour nous, élus Front de gauche de Marseille, inquiets par la tournure des choses, nous demandons de la cohérence et de l’efficacité.

Inquiets du processus, nous alertons, car l’étape suivante après l’austérité budgétaire sera d’avoir recours à la sécurité privée.

Cohérence, car nous n’avons jamais partagé la politique municipale visant à substituer la police municipale à la police nationale. Le summum a été atteint à Nice, et pour quels résultats ?

Efficacité, car aujourd’hui il faut en tirer tous les enseignements.

Combien de courriers envoyés au Procureur de la République, sans même un accusé de réception, une réponse ?

Combien de lettres aux différents responsables de la sécurité publique, dont les réponses ont été tardives, évasives après plusieurs relances ?

Nous doutons pour ne pas dire que nous critiquons la proposition de pré-plainte par internet.

Encore une nouveauté sortie d’un chapeau pour mieux faire passer une incapacité à résoudre les vrais problèmes de fonds liés à la sécurité.

Le sentiment d’insécurité n’a jamais été aussi fort à Marseille, alors qu’en terme de délinquance, Marseille ne se distingue que dans les vols de véhicules et de deux roues comparativement à d’autres agglomérations de même importances dont on ne parle jamais,  et qui pourtant se distinguent par des chiffres extrêmement importants de délits liés aux vols avec violences, aux cambriolages, aux agressions ou aux trafics de stupéfiants.

Marseille subit des inégalités criantes tant en terme de traitement de l’image de notre cité phocéenne, qu’en terme de sûreté. Ce sont pour ces raisons que nous réclamons d’urgence une autre politique de l’Etat et de la municipalité.

Il ne suffit plus d’évoquer la République et ses valeurs de manière incantatoire dans les discours, quand le quotidien montre le contraire.

Les Marseillaises et les Marseillais n’ont que faire de la « guéguerre » des polices à Marseille, ils n’ont que faire des promesses et de la vigilance de certains élus.

Elles et ils veulent pouvoir vivre en toute tranquillité, et pouvoir compter dans tous les quartiers sur une police nationale 24h sur 24, à l’écoute, et qui fasse un réel travail de Paix Publique. Une police proche des habitants capable de gérer concrètement la Paix Publique si souhaitée dans nos quartiers.

Et nous le répétons avec de véritables gardiens de la Paix en plus grand nombre et spécifiquement recrutés et formés.

Cette efficacité-là a un coût, qui ne s’accommode pas de l’austérité budgétaire votée à l’Assemblée nationale et au Sénat. Les moyens existent dans notre pays.

Encore faut-il avoir le courage politique d’aller les chercher dans les banques, dans l’évasion fiscale, dans la justice fiscale.

Nous insistons sur ce sujet car pour nous élus du Front de gauche, la meilleure sûreté réside dans certes la présence d’une police nationale forte, parfaitement formée aux nouveaux défis et particulièrement proches des populations en demande, mais la sûreté, réside également et surtout dans l’anticipation très précoce de la prise en charges de ces 10% d’individus qui commettent 90% des délits impactant directement sur la vie et sur le sentiment d’insécurité des populations.

La sûreté réside également dans l’éducation et l’instruction publique, dans la formation et surtout, dans la réalisation d’une société de plein emploi, offrant à chacun un réel avenir, et permettant à tous les jeunes cumulant discriminations et précarité, de pouvoir enfin vivre dans la dignité, dans l’égalité et dans la sécurité matérielle et morale, indispensables au bon fonctionnement de toute société.

En conclusion de ce propos liminaire, ce n’est donc pas moins de services publics, mais plus de moyens pour l’ensemble des services publics sans les opposer les uns aux autres : éducation, santé, télécommunications, transports, énergies, impôts, sûreté…

Tous les services publics sont à saturations. L’embauche publique est  devenue aujourd’hui une priorité nationale sous peine de voir se dégrader d’autant plus les conditions de vie des populations.

Et sur le sujet qui nous intéresse ce matin, et à cause des politiques de démantèlement des services publiques,  il est devenu aujourd’hui totalement indispensable de renforcer le nombre et la présence quotidienne de la Police Nationale dans tous les territoires.

La situation est telle, qu’il ne s’agit plus d’une simple volonté, mais d’une obligation imposée par le risque d’implosion de tout un système totalement saturé par l’ampleur des besoins.

Les syndicats de policiers avancent des chiffres qu’il faut écouter et auxquels il faut répondre rapidement.

Nous avons besoin d’une autre police, une police réformée tant dans son organisation interne que dans ses missions.

Nous souhaitons que cette crise soit l’occasion de prendre le virage de la paix publique à travers un concept que seul le Front de Gauche propose, et qui plus qu’une doctrine d’emploi de la Police nationale, correspond à une réforme de fond capable à la fois de traiter efficacement les problèmes de sécurité publique, que de redonner à la police nationale sa légitimité auprès des populations en demande enfin, d’une politique de fond efficace.

 

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